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 le japon et l'alternance politique

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MessageSujet: le japon et l'alternance politique   Ven 28 Aoû - 23:17

Le centre gauche peut-il ouvrir une ère nouvelle au Japon ? Par Philippe Mesmer

LE MONDE | 28.08.09

Tokyo, correspondance

A en croire les sondages, au terme du scrutin législatif du 30 août, le Parti libéral-démocrate (PLD) devrait perdre le pouvoir et céder la place au Parti démocrate du Japon (PDJ) après cinquante-quatre ans à la tête du pays. L'événement devrait marquer l'entrée de l'Archipel dans une ère nouvelle : telle est du moins la promesse des démocrates.


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Leur programme économique reflète un désir réel de rupture avec la politique menée par le PLD : à une croissance soutenue par l'investissement et dépendante des exportations, ils entendent en substituer une autre stimulée par la demande intérieure : "Rendre les foyers plus riches et augmenter le pouvoir d'achat pour favoriser le redémarrage de l'économie", a martelé Yukio Hatoyama, président du PDJ - et premier ministre en devenir. Le programme des démocrates doit se traduire par la mise en place d'un large éventail de mesures d'augmentation du pouvoir d'achat.

La plus spectaculaire est l'octroi d'une enveloppe mensuelle de 26 000 yens (193 euros) aux familles pour chaque enfant jusqu'à sa dernière année au collège. Viennent ensuite et de manière non exhaustive la remise en place d'aides sociales aux foyers monoparentaux, supprimées en avril 2009, la disparition des péages autoroutiers, des garanties pour les retraites et des subventions aux agriculteurs. Et alors que le chômage pourrait dépasser, avant la fin de l'année, le niveau historique des 5,5 % et que le Japon reste traumatisé par la mise à pied de milliers de travailleurs temporaires fin 2008 après l'éclatement de la crise des subprimes, il envisage l'interdiction du recours au travail intérimaire dans l'industrie, des enveloppes pour les actifs en formation et une hausse du revenu minimum.

Ce programme, pour attractif qu'il soit, soulève la question du financement. Le coût des mesures annoncées doit atteindre 16 800 milliards de yens (124,7 milliards d'euros) par an à l'horizon 2013. Le PDJ assure qu'il peut mener à bien son programme par une chasse aux gaspillages des deniers publics. Sus donc à l'amakudari ("pantouflage"), aux grands travaux décidés par le PLD ou encore aux dizaines d'organisations et agences gouvernementales à l'utilité discutable. De cet exercice, les démocrates prévoient de dégager 9 100 milliards de yens (67,5 milliards d'euros). Le reste devrait être puisé dans les réserves du gouvernement et obtenu grâce à une réforme de la fiscalité.

C'est un peu court, estiment certains économistes. Et surtout facteur de risque : le Japon a accumulé une dette qui pourrait atteindre 200 % de PIB d'ici à la fin de l'année, la crise réduit ses recettes fiscales et le PDJ s'est engagé à ne pas augmenter la taxe sur la consommation, à 5 % depuis 1998, pendant les quatre années de la législature. Les opposants aux démocrates ont donc beau jeu de moquer ce qu'ils qualifient au mieux d'"amateurisme", au pire d'"irresponsabilité".

Sans surprise, le Keidanren, la principale fédération patronale japonaise, proche du PLD, juge le programme du PDJ "faible". Il ne goûte guère les restrictions sur l'emploi des intérimaires, contraire au dogme de la flexibilité. Après tout, il avait obtenu en 2003 du gouvernement de Junichiro Koizumi (2001-2006) l'adoption d'une loi autorisant le recours à l'intérim dans presque tous les secteurs d'activité.

Sans surprise également, le monde de la finance déplore les propositions démocrates. Seiji Shiraishi, économiste chez HSBC Japan, les qualifient de "populistes". Pour lui, les mesures prises en faveur des travailleurs "peuvent faire baisser la productivité et la profitabilité des industriels, et augmenter le risque d'une spirale déflationniste". Il voit dans certains propos des dirigeants du PDJ une menace pour l'indépendance de la Banque du Japon. D'autres analystes redoutent de nouvelles émissions de bons du Trésor, facteur, selon eux, d'une hausse des taux d'intérêt à long terme et d'une baisse des actions. Certains observent que la lutte contre le pantouflage et les gaspillages peuvent nuire à la demande intérieure. Selon l'économiste Masashi Yumoto, de l'université Kyorin, "le PDJ cherche des trésors cachés". "Le problème est que tout cela reste ponctuel."

Le PLD, arc-bouté sur son modèle de croissance axé sur les grands travaux et le soutien aux entreprises, accuse le PDJ de menacer la reprise amorcée entre avril et juin, quand la croissance a atteint - laborieusement - 0,9 %, après quatre trimestres de récession.

Mais a-t-il encore quelque chose à dire ? S'il faut mettre à son crédit son rôle dans le redressement du Japon entre son arrivée au pouvoir en 1955 et la fin des années 1980, il faut reconnaître l'échec de la politique qu'il suit depuis l'éclatement de la bulle spéculative, en 1990. En près de vingt ans, les inégalités et la précarité ont augmenté, la pauvreté s'est accrue, l'avenir des retraites et de la Sécurité sociale a été hypothéqué, les déficits se sont creusés.

Les promesses du PDJ peuvent sembler discutables. Mais elles sonnent agréablement aux oreilles de Japonais, légitimement inquiets pour leur avenir. Au point de les inciter à opter pour le changement. Et ce alors qu'ils savent bien, au fond, que, confronté à quelques dures réalités, le PDJ ne pourra tenir toutes ses promesses.
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MessageSujet: Re: le japon et l'alternance politique   Dim 30 Aoû - 17:14

9.08.2009
Un dimanche historique à Tokyo




Si les sondages ont raison, dimanche sera une date historique pour le Japon. Les esprits les plus enthousiasmes comparent l’évènement à l’ère Meiji, période du 19ième siècle où en quelques années l’archipel a absorbé les institutions et les technologies occidentales. Pour la première fois depuis 1955 le Parti libéral démocrate (Jiminto), un conglomérat de factions conservatrices allant de la droite classique à l’extrême droite perdra le pouvoir au profit d’une nouvelle formation : le Parti démocratique du Japon (Minshuto).



Curieusement cette alternative revient au bipartisme des années vingt lorsque la politique se jouait entre deux partis. En tout cas, la victoire du PDJ met un terme à cette incongruité de « démocratie à parti unique » qu'est le Japon depuis plus d'un demi-siècle.



Le programme du PDJ se concentre sur quelques mesures phares : instauration d’allocations familiales de 26 000 yens par enfant (190 euros), abolition des péages d’autoroutes, allègement des coûts de fonctionnement de la fonction publiques, abolition de certaines niches fiscales, réduction de 18 à 11% de l’impôt sur les sociétés payé par les PME, revalorisation du minimum horaire de 700 (5.20 euros) à 1 000 yens...



Si ce programme semble timide comparé à celui de la gauche européenne, il représente pourtant un virage. Pour la première fois dans l’histoire japonaise, la page d’une politique économique basée sur l’offre sera tournée pour donner la priorité à la demande des ménages.



Jusqu’à présent la gestion du PLD se résume à un slogan : « ce qui est bon pour les grandes entreprises est bon pour le pays ». Depuis un demi-siècle l’organisation sociale, économique et fiscale est régie par ce principe présenté comme la panacée. Avec le PDJ, la proposition est inversée et c’est plutôt « ce qui est pour les ménages est bon pour le pays et donc pour les entreprises ».



En comprimant la consommation, cette politique de l'offre a permis dans les années soixante d’assurer une croissance économique très rapide, similaire à celle que connaît la Chine. Aujourd’hui, de grandes marques japonaises sont connues dans le monde entier.



Cependant, l'exemple du Japon montre les dangers de mettre l’accent sur l’offre (l’investissement des entreprises comme unique condition de la croissance). Sa réussite apparente, l’émergence de multinationales, a coûté très cher dans un premier temps pour finalement appauvrir le pays.


Les comptes publics n’ont jamais été sains à Tokyo. A la fin des années quatre-vingt, alors qu’une majorité de spécialistes prédisaient l’émergence du Japon comme numéro un mondial, très peu d'observateurs notaient que la dette, que se trimballait l’état depuis le choc pétrolier de 1973, pesait déjà 80% du PNB. Que d’autre part, pour alléger les charges sur les entreprises, la protection sociale restait rudimentaire, et qu’en absence de retraites (la moitié des retraités vit avec mois de 370 euros par mois aujourd’hui) les Japonais ne pouvaient compter que sur leurs épargnes personnelles, c’est-à-dire compresser leur consommation pendant leurs années d’activité ou comme dirait notre Président Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus ».



Cette politique a accouché d’une structure économique déséquilibrée dont la pointe est quelques grands noms servis comme les daimyos (seigneurs) de jadis par une nuée de serviteurs dociles.



Enfin afin d’assurer au PLD d’être reconduit et de pérenniser cette hiérarchisation économique, l'état a soutenu financièrement à des lobbies servant de machine électorale comme les médecins, les chambres de commerces, les syndicats professionnels du bâtiment, de la pêche... L'entretien de cette clientèle bénéficiant de rentes au détriment du consommateur et du contribuable a grevé les dépenses des familles et les finances publiques.



Ce système a montré ses limites dès la fin des années soixante-dix. Mais la remontée du dollar sous Reagan, puis la bulle spéculative qui a suivi ont masqué les distortions. A l’implosion de la « bulle des actifs », le PLD a tenté de maintenir en vie ce système en poursuivant dans la même voie. Le résultat a été encore plus de dépenses publiques, toujours moins d’impôts, une déréglementation féroce du marché du travail pour abaisser les salaires...



Les conséquences se lisent dans deux chiffres : la dette publique atteint 190% du PNB voire 217% (F.M.I). L’épargne, elle, est tombée de 20% des revenus il y a vingt ans à moins de 3%, c’est-à-dire en dessous du taux d'épargne des Etats-Unis. Quant au salaire horaire, il est tombé de 1 200 yens à 600 yens, soit à son niveau d’il y a vingt-cinq ans. La chute continue puisque le salaire moyen s’est contracté de 7% entre juin 2008 et juin 2009, une telle contraction de salaire n’a pas été enregistrée depuis les années trente ou l’effondrement de l’URSS.



Le second volet des réformes du DPJ concerne l’administration. Le pouvoir réel est entre les mains de l’administration. Mais c’est un pouvoir morcelé puisque chaque ministère ne perçoit la réalité que dans les limites du domaine qu’il contrôle et manque de vue d'ensemble. Et c’est un pouvoir inefficace en cas de crise puisqu’il est incapable de concevoir une stratégie holistique et d’imposer des mesures contraignantes. Dans une démocratie, c’est la fonction de la classe politique qu’elle remplit plus ou moins bien d’ailleurs, mais c'est sa fonction et non celle de l'administration.






Les exportations du Japon (tableau de gauche) et sa production industrielle (à droite). Sa croissance dépendant depuis des années de ses exportations à cause d'une demande intérieure trop faible, le Japon est le plus atteint des grands pays industriels, quasiment autant que l'Espagne, victime de l'effondrement de l'immobilier ou que l'Angleterre frappée de plein fouet par la crise de la finance. Et ce à un moment où ses finances publiques sont catastrophiques.







Le Japon a donné l’image d’un pays consensuel, mais c'est parce que la politique était réduite à des tractations en coulisses entre élus, bureaucrates et milieux d’affaires et donc invisibles. Les dissensions et les négociations restaient cachées au grand public. Le Japon avait la réputation d’avoir dépassé la politique, de l’avoir abolie alors qu’elle n’était que glisée sous le tapis et que, de fait, l'opinion était dépossédée de la possibilité de participer à la vie du pays. C'est ce camouflage qui créait la fiction de l’unité du pays derrière les mêmes objectifs purement économiques, c'est-à-dire ceux des principaux groupes industriels.



S’il est élu, le DPJ renforcera considérablement le pouvoir du gouvernement et du parlement. Les décisions seront prises par le premier ministre à partir des propositions des députés, et non plus élaborées comme sous le PLD par la haute administration. Pour casser le lien entre technocrates et entreprises, l’amakudari, le pantouflage généralisé des fonctionnaires sera interdit. Ce pantouflage étaitau coeur de la collusion entre PLD, administration et grande industrie.



La popularité du Minshuto est aussi dûe à sa volonté de rompre avec la pratique des accords en coulisses. Depuis plusieurs années, il s'est systématiquement affronté au gouvernement et porté les grands débats sur la place publique. Car, et c’est sans doute, le plus significatif : le Japon redécouvre la politique.



Crise !... a abordé dans dans des notes précédentes certains aspects de la situation du Japon
(par Bruno Birolli)

source :

http://crisevousavezditcrises.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/29/un-dimanche-historique-a-tokyo.html
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