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 un peu de shiori ...

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MessageSujet: un peu de shiori ...   Mar 13 Jan - 12:34

l est mort, le pigeon migrateur américain
Par Jean Etienne, Futura-Sciences

L’énumération des disparitions d’espèces ne devrait pas nous faire oublier que ces drames écologiques ne sont pas un phénomène récent. Aujourd'hui comme hier, l’Homme en est souvent la cause… Un des meilleurs exemples en est la disparition du Pigeon migrateur américain.

Exclusif au continent nord-américain, cet oiseau était aussi appelé ectopiste voyageur (Ectopistes migratorius), ou encore tourte voyageuse. C’est d’ailleurs en son honneur que la tourte, que nous connaissons tous, a été ainsi nommée puisqu’il s’agissait, à l’origine, d’un pâté en croûte canadien préparé avec la chair de ces pigeons (remplacé aujourd’hui par du gibier, ou à défaut du porc haché).

Légèrement plus petit que le pigeon migrateur européen, l'ectopiste voyageur était aussi plus coloré. Son corps, aérodynamiquement parfait, arborait un plumage remarquable et irisé fait d’azur, d’or, de pourpre et de vert. Le mâle avait la tête d’un beau bleu cendré, la poitrine noisette teintée de rouge, le cou diapré de vert, d’or et d’écarlate, les ailes bleues parsemées de taches noires et de bistre, le ventre d’un blanc immaculé. Une queue très longue et cunéiforme, traversée d’une bande d’un noir brillant, accentuait encore l’élégance de l’oiseau.



Spécimen femelle naturalisé du Musée des Sciences naturelles de Boston. Source Commons

L’aire de répartition de l’ectopiste voyageur s’étendait de l’Atlantique, à l’est, aux Montagnes Rocheuses, à l’ouest, et du Golfe du Mexique, au sud, à la Baie d’Hudson, au nord, soit plus des deux tiers des Etats-Unis, avec une préférence pour les parties boisées et sauvages. Parfaitement adaptés au vol de très longue durée, ces oiseaux se déplaçaient en groupes et effectuaient en moyenne deux migrations par année.

En fait, celles-ci n’étaient pas dictées par le changement de saison, mais par l’épuisement de la nourriture dans leur environnement. Car de toutes les espèces d’animaux supérieurs, le pigeon migrateur américain était probablement celle dont le nombre d’individus composant une colonie était, et de loin comme nous allons le voir, le plus élevé.

Des migrations imposantes

Avant l’arrivée des Européens sur le territoire du Nouveau Monde, l’équilibre naturel garantissait la stabilité de l’espèce et la population humaine indigène ne représentait pas une menace pour l’ectopiste voyageur. Celui-ci se nourrissait essentiellement de glands, de faînes, de graines de houx et de genévrier, ne dédaignant pas insectes et petits invertébrés.

En 1810, l’ornithologue d’origine écossaise Alexander Wilson effectue un périple dans le sud des Etats-Unis, étudiant diverses espèces américaines dans le cadre de la rédaction d’une encyclopédie qu’il éditera en quatre volumes quelques années plus tard. Il est un des premiers à décrire dans le détail le passage d’une migration de ces oiseaux, il est vrai exceptionnelle.

Selon ses dires, les oiseaux avançaient sur un front d’environ deux kilomètres de large, et lorsque le banc passa au-dessus de sa position, le ciel en était complètement obscurci au point que le Soleil était invisible comme lorsqu’il est occulté par un nuage d’orage. Les scientifiques de l’expédition n’ont eu d’autre recours que d’attendre la fin du passage, en s’abritant de la chute des fientes qui grêlaient le sol sans discontinuer. Ils attendirent plus de quatre heures…

Après s’être basé sur la vitesse des pigeons, la largeur de la formation et la durée de la "traversée", Wilson a pu établir que le nuage d’oiseaux mesurait environ 380 kilomètres de long et comportait deux milliards d’individus.

Cette description confirmait celle produite par le naturaliste Pehr Kalm qui écrivait en 1759 : « Sur une distance pouvant aller jusqu’à 7 miles, les grands arbres aussi bien que les petits en étaient tellement envahis qu’il était difficile de trouver une branche qui n’en était pas couverte. Quand ils s’abattaient sur les arbres, leur poids était si élevé que non seulement des grosses branches étaient brisées net, mais que les arbres les moins solidement enracinés basculaient sous la charge. Le sol sous les arbres où ils avaient passé la nuit était totalement couvert de leurs fientes, amassées en gros tas ». Tandis qu’en 1810, un autre naturaliste, Jean-Jacques (devenu John-James aux Etats-Unis) Audubon, décrivait un passage similaire à celui observé par Alexander Wilson mais qui, lui, durait plusieurs jours…

Une disparition programmée

Comment pourrait-on s’imaginer qu’une espèce aussi répandue allait disparaître, rayée à jamais de la surface du globe ? C’est pourtant ce qui se produisit.

Une chose est certaine, cet oiseau était nuisible à l’agriculture. Ses passages, et pire, son installation sur un territoire étaient dévastateurs. En 1871, une concentration estimée à 136 millions d’individus a provoqué d’énormes dommages en nichant sur une zone de 2200 km² dans le Wisconsin.



Couple de pigeons migrateurs américains naturalisés du Vanderbilt Museum de New York. Source Commons

Aussi, la mise à mort de l’Ectopiste voyageur fut-elle décrétée… Des parties de chasse dotées de nombreux pris furent organisées afin d’en éliminer le plus grand nombre possible, le règlement stipulant souvent que le candidat ne pouvait prétendre à une récompense s’il n’abattait pas un nombre minimum de 30.000 oiseaux.

Un seul coup de fusil tiré dans un passage de pigeons, ou dans un arbre servant de nichoir, faisait plusieurs dizaines de victimes. Mais ce n’était pas assez. Des « canons à mitraille » ont été mis au point et abondamment utilisés lors de compétitions entre équipes ou de joutes, au cours desquelles les arbres étaient aussi entourés de soufre et mis à feu. Surtout la nuit, moment où les pigeons s’y réfugiaient pour dormir. Selon les nombreux témoins de l’époque, les cris des animaux, des pigeons mais aussi des chiens rendus littéralement fous par cette manne tombée du ciel, était assourdissant. Et lorsque les hommes recouverts de fiente et épuisés rentraient chez eux, c’était pour faire place aux coyotes, couguars, renards et ours noirs.

Le coup fatal fut porté par la construction des premiers chemins de fer transcontinentaux. Les exploitants comprirent vite le bénéfice qu’ils pourraient tirer de l’exploitation de cette ressource s’ils pouvaient envoyer le produit de leur chasse par voie ferrée vers les villes de l’est. Les armes avaient entre-temps évolué, mais c’est par l’utilisation d’énormes filets que les pigeons ont été capturés et massacrés, tandis que leurs dépouilles étaient embarquées par trains entiers.

Un sauvetage raté

Dès 1879, quelques exploitants – de zoos cette fois – ont pu capturer quelques animaux pour les mettre à l’abri, et tenter une réintroduction dès que le carnage serait terminé. Car l’incroyable était en train de se produire : autrefois présents par milliards, le pigeon migrateur américain se raréfiait.

Malheureusement, il fallut déchanter. En captivité, ces oiseaux amateurs de vastes espaces dépérissaient, ne se nourrissaient presque plus et refusaient généralement de s’accoupler. Leur portée – un seul œuf par couvaison, deux fois par an – rendait hasardeuse toute tentative de repeuplement. Cela fut aussi observé dans la nature : en faible concentration, l'ectopiste voyageur se révèle incapable de localiser sa nourriture. Sans doute les millions d’yeux d’une colonie étaient-ils indispensables pour repérer une zone propice…

Le 1er septembre 1914, à 1 heure du matin, un pigeon migrateur femelle nommé Martha mourut au zoo de Cincinnati. C’était le dernier. Par un tragique signe du destin, quelques mois plus tard mourait au même zoo de Cincinnati le dernier spécimen de la Perruche de Caroline (Conuropsis carolinensis), la seule espèce endémique de perroquet des Etats-Unis.



Femelle de pigeon migrateur américain photographiée vivante au zoo du Massachusetts durant l'été 1898. Source Commons
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